La grippe aviaire en questions

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La grippe aviaire en questions

Devra t'on se contenter de saumon à Noël ?

Vache folle, fièvre aphteuse, et maintenant grippe aviaire. Nos assiettes semblent constamment menacées par des fléaux qui touchent les animaux d'élevage. Cet automne, les milliers de volailles euthanasiées n'ont cessé de faire la une des journaux. Avec ces images de batteries de poulets condamnées, ces annonces de décès humains, on ne peut que se poser la question d'une contagion à dimension mondiale. Est-ce qu'il y a un risque de contamination en France ? Peut-on consommer de la volaille ? Et, en ces périodes de fêtes : pourra t'on perpétuer les traditions, et partager une dinde ou du foie gras ?

En mai 1997 à Hong Kong, un petit garçon de trois ans meurt des suites d’un étrange type de grippe. Dix-huit personnes présentent ensuite les même symptômes, et cinq n’en survivent pas. Après études, il s’avère que ces décès sont dus à un type de grippe aviaire hautement pathogène, identifié comme tel depuis 1959 : le virus H5N1. Mais, depuis lors, il n’avait encore jamais été transmis à l’homme. L’épidémie est cependant vite endiguée par des mesures rapides de fermetures des frontières et d’extermination des volailles.
En 2003, le virus réapparaît en Asie du Sud Est, avant de prendre une réelle ampleur mondiale. Dans cette région de la planète, 6 pays sont touchés par le virus : le Vietnam, la Thaïlande, le Cambodge, le Laos, l’Indonésie, et la Chine. L’épidémie (ou épizootie) s’étend, et toujours plus d’élevages de volailles sont infestés, devant être totalement éradiqués.
Depuis 2003 en Asie, 150 millions de volailles ont ainsi dû être sacrifiées. Rien qu’au Vietnam, environ 2000 élevages sont touchés. Pendant cette période, 120 personnes contractent la maladie, et 62 en décèdent.

Le virus de type H5N1 se transmet par les déjections de volailles malades, que peuvent ingérer leurs congénères de l’élevage. Les particules contaminées se glissent également dans les plumes des oiseaux, et se propagent ainsi par voies aériennes, puis respiratoires. Ainsi, les marchés de volailles vivantes sont d’importantes sources d’expansion du virus.
Malheureusement, ces pays d’Asie du Sud-Est souffrent d’un cruel manque de protection vétérinaire et sanitaire. Les contrôles sont trop rares, et les recommandations d’hygiène peu suivies. En outre, les paysans de ces régions pauvres du monde ne sont pas indemnisés des conséquences catastrophiques d’une éventuelle contamination, ce qui favorise le développement clandestin de nouveaux foyers non recensés.
Le virus n’est pas présent dans les élevages industriels, mais dans les petits villages où les volailles de basse-cour côtoient les oiseaux sauvages. Ces régions pauvres n’ont pas les moyens de se protéger contre la maladie par des vaccins vétérinaires qui sont pourtant largement présents sur le marché.


Depuis le début de l’été 2005, le virus s’est développé vers l’Ouest, et l’épizootie animale s’est largement répandue jusqu’au portes de l’Europe, sans doute par le biais d’oiseaux sauvages. Fin juillet 2005, des foyers du virus sont découverts en Sibérie. Et en octobre dernier, des canards du delta du Danube sont infectés en Roumanie.
Pour autant, aucune contamination humaine n’y est à déplorer. Les risques de transmission à l’homme sont très faibles si les précautions d’hygiène sont respectées. En Asie du Sud-Est, il a été démontré que les personnes infectées par le virus H5N1 avaient toutes été en contact rapproché avec de nombreux oiseaux malades. Une grande majorité des victimes avait acheté des volailles vivantes puis les avait plumées et vidées à mains nues avant de les consommer.
Si cette soixantaine de décès est malheureusement à déplorer, elle ne représente cependant qu’un faible quotient par rapport aux millions de personnes exposées au virus.


Vous pouvez donc réveillonner sans crainte, le virus H5N1 ne passera pas par vous.
Tout d’abord, aucun cas de grippe aviaire n’a été recensé en France. Ni dans les élevages, ni chez les oiseaux migrateurs qui ont traversé le pays. Le 25 octobre dernier, le gouvernement français a décrété par mesure de précaution le confinement de certains élevages de volailles de plein air. Ces exploitations se situent sur vingt-six départements se trouvant sur la trajectoire des oiseaux migrateurs qui survolent l’Hexagone (façade Atlantique et couloir Rhin-Rhône).
En outre, les marchés, foires, et tout rassemblement d’oiseaux vivants sont interdits jusqu’à nouvel ordre, sur l’ensemble du territoire. Les chasseurs sont également concernés par ces mesures de précautions. Il leur est dorénavant interdit d’utiliser des ''appelants'', oiseaux vivants utilisés en guise d’appât, pour éviter également tout contact entre ces animaux et les oiseaux migrateurs.

Depuis le début de la crise en 2004, les autorités françaises ont imposé un embargo sur les volailles et les œufs exportés des zones touchées par la grippe aviaire. Il est donc impossible que les volailles que vous consommerez à Noël soient infectées par le virus.
Il n’y a absolument aucun risque à consommer une bonne dinde aux marrons ou un chapon farci pour le réveillon, surtout s’ils sont d’origine française.
Le virus de type H5N1 est sensible à une température supérieure à 60°C. Il suffit de cinq minutes à cette température pour détruire le virus, et une seule minute suffit à 100°C. Veillez à bien cuire votre volaille, vous éviterez ainsi tout risque.
Pour la volaille crue comme le foie gras, sachez que l’acidité de votre estomac effacerait toute trace de maladie. Par ailleurs, aucun cas de contamination ne s’est produit par ingestion, le virus ne se transmet à l’homme que par voies respiratoires.
La consommation d’œufs est, pour les mêmes raisons, sans risque. D’ailleurs, un des premiers symptômes de la maladie chez une poule est la baisse radicale du nombre d’œufs pondus.
Pour prendre un maximum de précautions, évitez de conserver de la volaille crue en contact avec d’autres produits, car le virus est contenu dans la peau et la carcasse de l’animal. Si vous devez plumer une volaille, veillez bien à vous laver les mains avec précautions, et protégez un minimum vos bronches.



Si la France est hors de tout danger pour le moment, les chercheurs redoutent une possibilité de mutation du virus souche. Pour le moment, la grippe aviaire ne peut se transmettre d’homme à homme. Mais si une personne déjà atteinte de la grippe classique était contaminée par une volaille, le virus risquerait de ''s’humaniser'' et de se transformer en pandémie à échelle mondiale.
Mais il n’est pas question de se vacciner contre la grippe pour autant. Les autorités françaises craignent une pénurie de vaccins préjudiciable pour les personnes âgées prioritaires.
Il semblerait également qu’il ne sert à rien d’essayer de se faire prescrire du Tamiflu, seule molécule quelque peu efficace contre la grippe aviaire. L’Etat Français a d’ores et déjà réservé une dose par citoyen en cas de début de crise. La France va également lancer une large production de masques de protection, qui permettent d’éviter toute contamination par voies respiratoires. Début 2006, 200 millions de masques seront déjà disponibles.

Clémence Ribault

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